Une personne qui prend la décision de commencer un traitement pour guérir de l’anorexie peut avoir peur de ce à quoi s’attendre au quotidien dans un centre de traitement résidentiel. Les inquiétudes au sujet des « inconnues » du traitement peuvent provoquer une anxiété et empêcher ainsi l’initiative. Il y a cependant une inconnue encore plus effrayante : celle qui concerne les dangers d’une anorexie non traitée.

La peur de la vie quotidienne dans l’établissement de traitement

Le fait est que 0,6 % de la population française souffre d’anorexie à vie. Sur les malades recensés, seuls 33,7 % ont déjà reçu un traitement. Si le pourcentage de 0,6 % peut sembler négligeable, il faut contrebalancer cette statistique par une autre : les troubles de l’alimentation sont ceux qui affichent le plus grand taux de mortalité parmi toutes les maladies mentales, particulièrement chez les femmes de 15 à 24 ans. Il y a plusieurs raisons pour lesquelles tant de gens ne sont pas pris en charge. Le fait de ne pas savoir ce qui se passe « derrière les rideaux » d’un centre d’aide ne doit pas être une de ces raisons. Il est courant d’avoir des questions sur la nourriture et la thérapie pendant le traitement de l’anorexie. C’est même sain, logique et prometteur pour la suite des évènements… encore faut-il que l’information soit disponible.

À quoi s’attendre dans les premiers jours du traitement résidentiel de l’anorexie

Lors du jour d’arrivée, le patient fera l’objet d’une évaluation nutritionnelle détaillée et d’un bilan médical qui s’articule autour des actions suivantes :

  • Recueillir des informations sur les antécédents du trouble alimentaire et les symptômes actuels ressentis ;
  • Examens divers au laboratoire (tests de sang et d’urine notamment), parcours des antécédents médicaux et physiques et ECG effectué avant l’admission ;
  • Taille et poids.

Cette évaluation est l’occasion pour les patients de faire connaissance avec leur diététiste et le personnel infirmier ou médical.

Pesée à l’aveugle

La pesée à l’aveugle signifie que le patient est pesé régulièrement, mais seul le personnel sait ce que dit la balance ! Les patients peuvent être frustrés par cette pratique, mais la raison qui les justifie est valable : connaître son propre poids pendant le traitement de l’anorexie peut mettre l’accent sur ce qui ne devrait pas l’être. Ici, le poids n’est pas un facteur central… en tout cas pas au sens esthétique du terme. C’est la santé qui prime, qu’elle soit nutritionnelle ou psychologique.

Repas en traitement

Dès le premier jour de traitement, les repas sont pris avec d’autres patients avec l’accompagnement du personnel soignant. Les repas sont une expérience de collaboration importante entre une personne atteinte d’anorexie et le personnel du centre de traitement résidentiel. Le personnel aide chaque personne à gérer ce qui se passe avant, pendant et après le repas. Apprendre à assister aux repas, c’est aussi réapprendre à apprécier la compagnie des autres à table. C’est une approche qui dédramatise la nourriture en public et qui favorise la guérison.

Création d’un plan-repas personnel

Chaque personne en traitement travaille avec son diététiste pour créer un plan de repas personnalisé et calibré sur mesure. Cela comprend le petit déjeuner, le déjeuner, le dîner et les collations pendant la journée. Le rétablissement du poids est important pour une personne aux prises avec l’anorexie, mais il peut être émotionnellement difficile à accepter. Pendant le traitement, les portions non consommées par le patient seront remplacées par la consommation d’un supplément nutritionnel comme Boost, Ensure ou tout autre supplément calorique ou nutritionnel préconisé par le médecin. Ce processus se fait avec la plus grande compassion et le plus grand respect pour le patient et ses difficultés alimentaires.

Le processus de rétablissement du poids est lent et collaboratif. Il doit permette au patient de s’adapter physiquement et mentalement à cette nouvelle donne. Les premières semaines peuvent être difficiles, mais la thérapie aidera les patients à comprendre que l’alimentation est d’abord le carburant du corps avant de l’être pour l’esprit.

Ce à quoi s’attendre dans le cadre du processus thérapeutique dans les premiers jours

Les patients se lancent dans le processus thérapeutique dès le premier jour. Les patients bénéficient de :

  • Séances individuelles avec un thérapeute 4 fois par semaine
  • Séances individuelles avec un psychiatre une fois par semaine
  • Plusieurs groupes de traitement hebdomadaires dans l’éducation et le développement des habiletés d’adaptation et de gestion de la vie quotidienne
  • Thérapies de groupe de 6 à 8 heures par jour dès la première semaine pour aider à mieux comprendre et développer les relations interpersonnelles.

Apprendre à écouter et parler

Les troubles de l’alimentation conduisent généralement à l’isolement parce qu’ils exigent le secret. Apprendre à écouter et à parler par le biais de la thérapie libère l’individu de l’emprise du trouble alimentaire. Le processus de traitement n’est pas seulement une thérapie de la parole et la stabilisation nutritionnelle. Il y a des temps d’arrêt pour faire des devoirs personnels et assister à des sorties sociales. Ces sorties aident les patients à prendre part à la vie en société. Elles consistent en des excursions au zoo, à des sorties dans les musées d’art, des ateliers de poterie, etc. Les sorties au restaurant font également partie du processus de socialisation. Leur but est d’aider les patients à dédramatiser l’alimentation dans des lieux publics sans pour autant la banaliser compte tenu de leurs antécédents. C’est aussi l’occasion de mettre en pratique les aptitudes sociales acquises par le groupe sous la supervision du personnel soignant.

Sorties sociales autonomes : la voie de la guérison à long terme

Des sorties sociales sont organisées chaque semaine. Lorsqu’une personne atteinte d’anorexie évolue dans le sens de la guérison, elle aura des laissez-passer pour aller au centre commercial, au cinéma… Ces laissez-passer sont délivrés pour donner aux patients le temps de mettre en pratique leurs compétences en matière de prévention des rechutes. La sortie dans la vie et l’autonomie croissante sont des étapes importantes dans le processus de traitement de l’anorexie. Cette autonomie et ce niveau de socialisation sont difficiles à imaginer pendant cette première semaine de traitement, mais rien n’est impossible !